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Glossaire Didactique

Les 25 notions clés de la didactique des mathématiques — définies, illustrées et reliées aux programmes du primaire.

C
Champ conceptuel Vergnaud

Ensemble de situations et de concepts liés entre eux, nécessitant les uns les autres pour être maîtrisés. Un élève peut réussir dans certaines situations du champ et échouer dans d'autres.

Ex. : Le champ multiplicatif regroupe multiplication, division, fraction, proportion, taux. Ces notions sont interdépendantes et doivent être construites progressivement.
Contrat didactique Brousseau

Ensemble des comportements (implicites et explicites) que l'enseignant attend de l'élève, et réciproquement. Ce "contrat" non écrit régit les interactions en classe et peut devenir un obstacle si l'élève anticipe ce qu'on attend plutôt que de chercher réellement.

Ex. : Si l'enseignant demande toujours d'écrire une opération, les élèves peuvent écrire n'importe quelle opération avec les nombres du problème sans comprendre la situation.
Constructivisme Piaget / Brousseau

Théorie selon laquelle l'élève construit activement ses connaissances en interagissant avec son environnement. Les connaissances ne se transmettent pas — elles se construisent.

Ex. : On ne peut pas "donner" la notion de fraction à un élève. Il doit la construire en résolvant des situations de partage, de mesure et de quotient.
D
Dévolution Brousseau

Processus par lequel l'enseignant fait accepter à l'élève la responsabilité d'une situation d'apprentissage. L'élève s'approprie le problème comme s'il était son propre problème, sans attendre la réponse du maître.

Ex. : "Je vais vous donner un problème difficile. Votre mission est de trouver la solution par vous-mêmes, je ne vais pas vous aider au début."
Différenciation pédagogique

Adaptation des tâches, supports, modalités ou objectifs aux besoins différents des élèves au sein d'une même classe. Distincte de l'individualisation totale — elle opère par groupes de besoins.

Ex. : Groupe 1 : manipulation avec des bandes de papier. Groupe 2 : exercices symboliques. Groupe 3 : exploration des fractions équivalentes.
E
Évaluation formative

Évaluation réalisée en cours d'apprentissage pour ajuster l'enseignement et guider l'élève. Elle ne note pas — elle informe. À distinguer de l'évaluation sommative (bilan de fin de séquence).

Ex. : Observation des productions élèves pendant la phase de recherche — repérer les stratégies utilisées pour adapter l'étayage en temps réel.
Étayage Bruner / Vygotski

Soutien temporaire apporté par l'enseignant (ou un pair) pour permettre à l'élève d'accomplir une tâche qu'il ne pourrait pas réaliser seul. L'étayage doit être progressivement retiré (déétayage).

Ex. : Fournir une bande numérique aux élèves en difficulté lors d'un calcul mental, puis la retirer quand l'automatisme est installé.
I
Institutionnalisation Brousseau

Phase au cours de laquelle l'enseignant donne un statut officiel aux connaissances construites en classe. Le savoir provisoire devient savoir de référence, consigné dans une trace écrite.

Ex. : Après la phase de recherche sur les fractions, l'enseignant résume : "Nous avons découvert que ¾ s'écrit ainsi… Le numérateur indique… Le dénominateur indique…" Cela constitue la trace écrite collective.
M
Milieu didactique Brousseau

Ensemble des éléments matériels, symboliques et humains avec lesquels l'élève interagit pour résoudre la situation. Le milieu "répond" aux actions de l'élève — il le rétroagit.

Ex. : Pour les fractions : bandes de papier (milieu matériel), droite numérique (milieu symbolique), pairs (milieu humain).
O
Objectif-obstacle Martinand

Formulation d'un objectif d'apprentissage à partir de l'obstacle que l'élève doit franchir, plutôt qu'à partir de la compétence à acquérir. L'obstacle est le moteur de l'apprentissage.

Ex. : "Franchir l'obstacle : croire que l'on ne peut pas soustraire 7 de 3" plutôt que "savoir effectuer une soustraction avec retenue".
Obstacle épistémologique Bachelard / Brousseau

Connaissance antérieure qui fonctionne dans un domaine restreint mais résiste à l'extension. Ce n'est pas une ignorance — c'est une connaissance partiellement valide qui freine l'apprentissage du concept plus général.

Ex. : "La multiplication rend toujours plus grand" est valide dans ℕ* mais faux avec les fractions ou les décimaux. Cette conviction est un obstacle pour aborder la multiplication dans ℚ.
P
Procédure experte / procédure naïve

La procédure naïve (dessin, comptage un par un, décomposition) est un passage nécessaire avant la procédure experte (algorithme). Refuser la procédure naïve, c'est priver l'élève d'un appui fondamental.

Ex. : Un élève qui dessine des objets pour calculer 3+4 utilise une procédure naïve valide. Il ne faut pas l'en décourager — il faut l'amener progressivement à la procédure experte (mémorisation des faits additifs).
R
Représentation (conceptions)

Image mentale qu'un élève se fait d'un objet mathématique avant ou pendant l'enseignement. Souvent partielle ou erronée — elle est le point de départ de l'apprentissage, pas un obstacle à effacer.

Ex. : Avant l'enseignement, un élève pense qu'une fraction "c'est une partie découpée d'une figure". Cette représentation est vraie dans certains contextes mais incomplète. L'enseignement doit l'enrichir, pas la nier.
Remédiation

Ensemble des interventions pédagogiques visant à aider un élève à surmonter une difficulté identifiée. Elle suppose un diagnostic précis de l'erreur avant toute action.

Ex. : Si un élève confond périmètre et aire, la remédiation ne consiste pas à "refaire l'exercice" mais à revenir aux deux grandeurs séparément avec des activités de dallage (aire) et de mesure de contour (périmètre).
S
Schème Vergnaud

Organisation invariante de la conduite pour une classe de situations. C'est ce que l'élève "sait faire" de manière automatisée dans un certain type de problème, sans avoir nécessairement conscience de la règle sous-jacente.

Ex. : Un élève qui sait résoudre tous les problèmes "de partage équitable" a construit un schème pour cette classe de situations. Ce schème ne fonctionnera pas nécessairement pour une situation de "combien de fois entre x dans y".
Situation-problème

Situation dans laquelle l'élève est confronté à un obstacle qu'il ne peut pas résoudre avec ses connaissances actuelles. Elle crée le besoin d'un nouvel outil ou d'une nouvelle connaissance. À distinguer de l'exercice (qui mobilise des connaissances déjà disponibles).

Ex. : "Partager 3 gâteaux entre 4 enfants" est une situation-problème si l'élève n'a pas encore les fractions. Calculer 3÷4 avec la calculatrice après la leçon est un exercice.
T
Théorème-en-acte Vergnaud

Propriété mathématique utilisée implicitement par un élève dans ses actions, sans qu'il puisse la formuler. Ces théorèmes non conscients guident le comportement de résolution.

Ex. : Un élève qui vérifie toujours son addition en soustrayant utilise implicitement le théorème "a + b = c ⟺ c - b = a" sans pouvoir l'énoncer.
Transposition didactique Chevallard

Transformation du savoir savant en savoir à enseigner (programmes) puis en savoir enseigné (classe). Chaque étape introduit des simplifications — l'enjeu est de simplifier sans trahir le sens mathématique.

Ex. : Le "savoir savant" sur les fractions dans ℚ devient, dans les programmes, "écrire et lire des fractions simples" pour le CM1. L'enseignant doit éviter que cette simplification crée de fausses conceptions.
Tâche complexe

Tâche qui mobilise plusieurs compétences ou connaissances dans un contexte nouveau et non routinier. Elle permet d'évaluer le degré de maîtrise réel d'un concept (et non la mémorisation d'une procédure).

Ex. : "Construis un rectangle de périmètre 20 cm dont l'une des dimensions est 3 cm de plus que l'autre" — mobilise équations, mesures et propriétés du rectangle simultanément.
Trace écrite collective

Formulation du savoir nouveau, rédigée avec les élèves à la fin de la phase d'institutionnalisation. Elle doit être exacte mathématiquement, accessible aux élèves et réutilisable comme référence.

Ex. : "Pour partager 3 objets entre 4 personnes, chacun reçoit ¾ de l'objet. ¾ est une fraction : 3 est le numérateur (ce qu'on prend), 4 est le dénominateur (en combien on a partagé)."
Zone Proximale de Développement (ZPD) Vygotski

Zone entre ce que l'élève peut faire seul et ce qu'il peut faire avec l'aide d'un adulte ou d'un pair plus compétent. L'enseignement efficace se situe dans cette zone — ni trop facile, ni trop difficile.

Ex. : Un élève qui sait additionner mais pas encore multiplier est dans sa ZPD pour apprendre la multiplication — à condition d'un étayage approprié.